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Avis #20

04 Décembre 2014

Se rapprocher

Luttons contre l’extinction programmée du relationnel au travail

Luttons contre l’extinction programmée du relationnel au travail

On attribue à Einstein la prédiction « si l’abeille disparaît, l’homme n’en a que pour 4 ans à vivre ». Et si le relationnel était au management que ce l’abeille est aux hommes, un chaînon essentiel. Alors alarmons-nous, car le relationnel est presque en voie d’extinction.

 

 

Le relationnel, attaqué de tous les côtés

 

Entre ceux qui ne se soucient plus du tout de la convivialité et ceux qui l’ont dévoyé en en faisant un outil de communication et de management, on peut dire que le relationnel est en perdition dans nos entreprises. 

 

Nous travaillons en effet dans beaucoup d’entreprises où le temps du relationnel, de la convivialité ou tout simplement du savoir-vivre est devenu du temps perdu. Pas de café proposé lors des premières réunions matinales, des déjeuners au lance-pierre, tout cela c’est du temps perdu ! On commence une réunion avec l’ordre du jour mais jamais avec « alors, vous avez passé un bon week-end ? ». Vous comprenez, le débrief du week-end ne fait pas partie de l’ordre du jour et en plus on est déjà en retard… Au secours !

 

Plus fort encore, certaines sociétés ont remplacé un relationnel, que nous osons appeler « naturel », par du relationnel artificiel. On précise sur l’invitation Outlook que le déjeuner à venir sera « convivial », souvent il ne dure pas 30 mais 45 minutes dans ce cas-là. Ce qui veut donc dire que les autres déjeuners sont donc non conviviaux ?

Pour le relationnel en réunion, il y a les célèbres règles d’or : « commencer par dire bonjour », « si tous les participants ne se connaissent pas, faire un tour de table pour que chacun se présente », etc. Rassurez-vous, personne ne les lit.

 

Derrière ces apparentes caricatures, qui ne le sont pas toujours, il y a une réalité : le relationnel est menacé de disparition dans bon nombre d’entreprises.

 

 

Pourquoi s’en prendre au relationnel ? 

 

La disparition du relationnel défit toute logique car il est indispensable, consensuel et, la plupart du temps, gratuit. 

 

Indispensable pour au moins deux raisons. La première c’est que nous arrivons tous au travail, en réunion, dans un open space, avec une situation passée. Qu’elle soit positive (une excellente nouvelle professionnelle ou personnelle) ou négative (une erreur commise ou constatée, une crise voire un drame), cette situation occupe toute notre pensée, nous ne sommes pas prêts à entrer en collaboration avec quelqu’un qui ne la partage pas.

Le relationnel, c’est justement ce qui nous permet de créer un univers propre à la collaboration. Chacun exprime à l’autre sa situation passée, pas forcément pour qu’il agisse mais pour qu’il la comprenne. Alors, nous pouvons nous ouvrir à une situation future, nous avons fait le lien. 

Le relationnel est nécessaire aussi car il offre, dans une journée chargée et sans pause, des respirations salutaires. On sollicite d’autres mécanismes que ceux utilisés pour le travail. On offre un sas entre deux problématiques. Bref, pour ceux qui en viendraient à douter, le relationnel est primordial.

 

Sa disparation est donc d’autant plus surprenante que le relationnel ne coûte rien, ou pas grand chose, si ce n’est un peu de temps mais donc chacun admettra qu’il ne s’agit pas d’une perte mais d’un investissement à rentabilité forte et à court terme. A priori, l’idée de convivialité est également consensuelle. Nous ne connaissons pas d’opposant, timide ou farouche, à l’idée de faire du relationnel. 

 

 

Alors, qui veut la peau du relationnel ? 

 

Sa disparition, alors même que personne ne veut sa mort, montre que le relationnel est victime – comme les abeilles – d’un changement climatique dans notre environnement de travail.

 

Citons entre autres dérèglements :

 

  • Le renforcement des contrôles et des procédures : la crainte du tire-au-flanc a eu comme effet le durcissement des mécanismes de contrôle et la rigidification des procédures. Dans cette prison toujours plus exiguë des outils et des systèmes, il n’y a plus de place pour le relationnel ou alors il est encadré, aseptisé, avec un effet souvent contre-productif. 

 

  • La prédominance de l’effort sur l’efficacité : la sociologie des organisations a révélé ce que nous constatons tous, l’entreprise est de plus en plus focalisée sur les efforts fournis par ses employés plutôt que sur la valeur ajoutée qu’ils apportent. Il est bon de rester très tard dans certaines entreprises. C’est encore plus marqué en France qu’ailleurs : le manager n’ose pas s’en aller avant son équipe et un membre de l’équipe culpabilise à partir avant son collègue. Et si quelqu’un part avant 18h30, on dit « qu’il prend son après-midi ». Le relationnel subit le même sort : il est très mal vu de prendre des pauses déjeuner trop longues, des pauses trop rapprochées ou de ne pas optimiser le temps de réunion en allant droit au but. La convivialité devient de la sensiblerie, le savoir-vivre un manque de culture business. 

 

 

Nous devons nous rééduquer au relationnel

 

Pour enrayer la disparition programmée du relationnel, il faut d’abord accepter d’en parler. Nous constatons en effet que le manque de convivialité est un sujet difficile à aborder dans une équipe. Avouer que l’on voudrait plus de contact humain, ce serait soit un aveu de faiblesse soit une remise en question trop forte de l’équipe et du manager. 

 

On voudrait aussi que le relationnel (re)vienne de lui-même. Puisque c’est naturel, laissons faire la nature… Et bien non, quand on a perdu l’habitude de la convivialité il faut faire l’effort de la réinsérer dans l’environnement de travail. Comme si on réimplantait une espèce animale disparue dans son milieu naturel, il ne suffit pas d’ouvrir la cage, il faut accompagner sa réinsertion. Il faut donc que le manager soit d’abord fortement à l’initiative, en montrant l’exemple et en multipliant les occasions pour que le relationnel s’exprime. Puis, quand il voit que les réflexes naturels reviennent, il peut progressivement se mettre en retrait.

 

Enfin, il faut valoriser le relationnel. Certains membres de l’équipe sont plus capables que d’autres de générer de la convivialité, c’est une aptitude comme une autre. Pourtant, cette compétence est rarement mise en valeur par un manager et jamais évaluée de façon formelle. Alors, si nous sommes d’accord pour dire que le relationnel est indispensable à la relation de travail, il faut qu’elle soit reconnue comme une « soft skill » à part entière, comme le travail en équipe ou l’esprit d’initiative.

 

La sauvegarde des abeilles, comme la lutte contre le changement climatique, ne nécessite plus de grandes paroles et de grands principes, il faut des efforts personnels sans attendre ceux des autres… Réintroduire du relationnel dans votre réunion n’est pas plus ridicule ou dérisoire que de trier ses poubelles ou arrêter les pesticides sur son balcon. 

 

Alors, qu’attendez vous ?

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