En crise ? Proposer une histoire qui mobilise, pas qui rassure !
Votre entreprise traverse une tempête… et vos équipes ne réagissent pas comme vous l’espériez ? L’anxiété s’installe ce qui crée de la frénésie chez certains, des blocages chez d’autres?
Il y a une erreur naturelle que l’on voit fréquemment et dont nous voulions parler aujourd’hui : celle de vouloir rassurer au point de perdre toute chance de mobilisation ! Alors nous allons tenter de vous expliquer comment ne plus tomber dans cet écueil pour enfin mobiliser vos équipes autour de projets difficiles mais exaltants !
Chez Albus on vous accompagne à parler des changements que vous voulez opérer sous forme de récits courageux, parce qu’on sait que depuis la nuit des temps ce sont eux qui permettent aux humains de coopérer à grande échelle. On sait que le récit a ce pouvoir incroyable de poser des mots sur ce qui est vécu, de rendre intelligible la complexité, de donner du sens à des difficultés, comme une Aventure.
1. Osez tout dire (mais pas n’importe comment) !
Ce qu’on voit souvent dans vos prises de paroles :des vérités édulcorées, des situations minimisées, non pas avec une volonté de mentir mais en pensant protéger et ne pas effrayer les collaborateurs.Finalement, cela crée des déceptions et des incompréhensions pour vous sur la réaction trop faible des collaborateurs.
Pourquoi ces réactions ? Parce que ne pas dire la vérité est dangereux.
D’abord cela crée une dissonance entre le discours et les actes. Vous allez prendre des décisions qui paraîtront brutales (se séparer de collaborateurs, exercer une pression accrue, demander des efforts supplémentaires…) sans que les équipes aient eu de réelles explications, ce qui va nourrir la méfiance, pourra générer de la passivité, de l’opposition voire des RPS.
C’est aussi un signal implicite d’infantilisation : en ne partageant pas la réalité, on suggère que les équipes ne seraient pas en capacité de l’assumer.
Enfin, vous vous privez de l’énergie que les individus peuvent mobiliser face
à l’adversité. Sachez que le flou donne souvent aux meilleurs éléments l’envie de partir
puisqu’ils perçoivent le problème sans se sentir associés à la solution.
Ce qu’on vous conseille de faire :
Pratiquer l’art de la vérité : c’est-à-dire poser un constat lucide et honnête même si douloureux sur une situation en étant capable d’être compris du COMEX à l’agent d’accueil, et donc en faisant de la pédagogie, en simplifiant sans être simpliste et en posant les vrais mots. Oser tout dire de la situation donc, mais proposer une raison de se battre pour rendre cette vérité mobilisable! Une raison de se battre proportionnelle à la gravité de la situation.
Vous pouvez lui donner le nom que vous souhaitez, ambition, Graal…le tout est qu’elle ne se limite pas au fait de “sauver l’entreprise” ou de « rebondir après la crise » mais qu’elle interroge le projet de l’organisation : que veut-on apporter aux clients, aux collaborateurs, à la société ?Qu’est-ce qui nous porte tous ensemble pour les prochaines années ?
Trop insister sur la menace conduit à l’anxiété ou la peur, trop insister sur l’ambition donne le sentiment d’un idéalisme hors sol. L’équilibre à trouver est exigeant mais très payant en termes de mobilisation !
Deux exemples marquants :
Le premier dans notre histoire collective avec l’exemple de la Résistance française qui illustre bien cette articulation. Face à la menace extrême connue de tous, les différents mouvements ont su converger vers un récit commun, tout en préparant un projet politique ambitieux, incarné notamment par le programme du Conseil national de la Résistance porté par Jean Moulin et intitulé « Les jours heureux ».
Le second dans notre expérience de conseil, nous avons accompagné un grand acteur du Retail qui était dans une situation business compliquée et qui a osé dire à l’ensemble de l’organisation qu’ils étaient au pied du mur, que l’équation économique était intenable et qu’il était temps de lancer une révolution, en proposant un projet avec une empreinte sociétale qui permettrait que chaque euro rapporté ait une contribution positive sur l’environnement.
2. Osez les solutions radicales !
Ce qu’on vous conseille de faire :
Vous devez absolument proposer un plan proportionnel à la gravité de la situation et à l’ambition proposée. Et cela passera peut-être par le fait de cesser un produit historique, fermer une filiale, repartir de zéro sur certains sujets…si ce sont les solutions auxquelles vous croyez, alors il faut l’afficher tout de suite. Cela va faire réagir bien sûr, mais cela va rassurer aussi car il n’y a rien de pire qu’une réponse qu’on ne sent pas à la hauteur de l’enjeu.
Un exemple marquant :
Un acteur des Cosmétiques qui a pris la décision de fermer une importante filiale en Asie alors qu’il s’agit d’un énorme marché : perdant trop d’argent là-bas, ne voyant pas d’issue favorable et ayant besoin de retrouver des capacités d’investissement rapidement pour consolider des marchés plus porteurs en Europe.
Ce fut une décision très difficile à assumer, tant pour les équipes sur place qui perdaient leurs emplois que pour les équipes au siège qui avaient passé beaucoup de temps ces dernières années à relever la marque dans cette partie du monde, pourtant tout le monde a compris la nécessité de cette décision au regard des chiffres.Pour les collaborateurs les plus lucides, c’était même un soulagement.
3. Y mettre autant de cœur que de raison
Ce qu’on voit souvent :
Vous pensez parfois que vous allez convaincre avec des récits rationnels, sur fond de graphiques, de chiffres complexes, et de raisonnement implacable qui vont rassurer sur votre professionnalisme.
Mais le problème est que cela donne souvent des prises de paroles froides et désincarnées. On n’adhère pas à un changement seulement parce que le constat et la solution sont logiques, mais bien parce que quelque chose d’autre nous donne envie d’y adhérer !
Ce qu’on vous conseille : Mettez des émotions dans vos récits ! Rappelez-vous que ce sont elles qui influencent les décisions, créent l’engagement et permettent de se connecter à une audience (ce n’est pas nous qui le disons, ce sont maintenant les chercheurs en neurosciences).
Et oui ce n’est pas facile, surtout que l’entreprise est un lieu où on a justement tendance à éteindre les émotions. Alors comment faire?
Cela commence par sonder ses propres émotions : comprendre vos motivations à faire ce projet, vos doutes, ce qui fait qu’on vous y croyez, ce qui vous fait rester…et ne pas hésiter à partager aussi ce qu’on pourrait considérer comme des émotions souvent jugées moins nobles, comme la colère, la préoccupation, la tristesse. Tant qu’elles sont vraies, dosées, bien exprimées.Un bon exercice est de se demander si le récit que l’on écrit nous procure des émotions, s’il sonne juste pour soi.
Et bien sûr l’authenticité est aussi vis-à-vis des collaborateurs et de ce qu’ils vivent :les équipes doivent pouvoir se dire que ça ressemble à ce qu’elles connaissent de leur organisation. Essayez de capter ce qu’ils disent, pensent,ressentent pour construire un récit ancré dans leur réalité. Nous avons accompagné beaucoup de leaders en contexte de crise, ceux qui remportent les plus de succès sont eux qui mettent tripes et cœur sur la table !
Un exemple marquant, et on vous laissera là-dessus (tout en vous conseillant de le relire ou de le revoir) est le discours de Churchill en 1940 suite à sa nomination en tant que Premier Ministre, qui est un petit chef d’œuvre. Dans ces mots la menace est terrorisante, l’ambition plus que désirable, le plan radical et les émotions palpables à chaque phrase. En bref, rien ne rassure, pourtant tout donne envie de s’y joindre !
Extraits : « Je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »… « Le but, je vous réponds en deux mots : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire malgré toutes les terreurs, la victoire quelque longue et dure que puisse être la route : car, hors la victoire, il n’est point de survie. »….« Mais c’est plein d’espoir et d’entrain que j’assume ma tâche, assuré qu’il ne sera pas infligé à notre cause de faillir devant les hommes »… « Allons, en avant tous, unis et forts ! »